Opinions sur les décrets réglementant l'ostéopathie

La réaction des professionnels de l’ostéopathie ne s’est pas faite attendre, on trouve des contributions très intéressantes sur la page suivante :

Pour ma part, je partage en de nombreux points l’opinion de R. Wogue, DO.

  • Le premier point porte sur les restrictions difficilement explicables, appliquées aux ostéopathes dits exclusifs (n’ayant pas de diplôme de Masseur-Kinésithérapeute réeducateur, de médecin, sage-femme ou infirmière).

Comment expliquer que l’on puisse autoriser des “manipulations” à certains ostéopathes alors que leur formation en tant que professionnel de santé dans ce domaine n’est pas suffisamment complète.
Exemple : l’abord crânio-facial du nourrisson de moins de 6 mois. Qui d’autre que les chirurgiens maxillo faciaux et les stomatologues peuvent mieux comprendre la physiologie d’un crâne de nourrisson qu’un ostéopathe formé en anatomie, développement et biomécanique crânienne? Et de plus on souhaiterait que ces connaissances ne soient plus enseignées aux ostéopathes?

  • Deuxième point, la question du “saucissonnage” du patient : Une grande partie de l’effectivité de nos soins repose sur une remise en perspective du passé traumatique et des antécédents médicaux du patient.Cela nous permet d’avoir une vision d’ensemble de la problématique.

De même, nous avons besoin de pouvoir examiner toutes les zones du corps afin de pouvoir comprendre comment elles influent les unes sur les autres, c’est l’approche globale.C’est cette vision globale, synthétique qui fait la force de l’ostéopathie, et son efficacité là où d’autres thérapeutiques bottent en touche.

Mais comme l’explique R. Wogue (voir ci-dessus) :

On a de nouveau coupé l’individu en tranches pour interdire à ceux qui essayaient de recoller les morceaux en ne voyant dans le patient qu’un être « unique ». Et maintenant il faudra une autorisation des médecins pour pratiquer certains actes, actes qui ne sont pas de leur compétence mais qu’ils pourront interdire à loisir en fonction de leur sympathie ou de leur antipathie vis à vis de l’ostéopathie. On confie à des gens qui n’ont aucune véritable connaissance de la profession le soin de la contrôler.

Un air de déjà-vu

Comment expliquer que le pays que se gargarise le plus de son système de santé marche parfois autant sur la tête ?

Cela rappelle la baisse du remboursement des médications homéopathiques (d’un coût négligeable) de 65% à 35%, les lois interdisant les dilutions homéopathiques d’agents biothérapiques, menant à une stérilisation des souches qui rendent inefficaces des nombreux remèdes homéopathiques d’origine biologique en France.

  • L’homéopathie “ne marche pas car il n’y a pas de molécules dedans”, mais il faut interdire certaines souches car cette absence de molécules ou de micro-organismes pourrait présenter un risque pour la santé?

On nous répète à tout va qu’il faut diminuer les coûts de santé et améliorer la sécurité du patient, donc on multiplie les visites chez le généraliste pour des certificats de non-contre-indication. Ces contre-indications peuvent être cernées par un examen clinique minutieux, qui est enseigné par des médecins aux étudiants en ostéopathie (exclusifs ou non).

  • Quelle est la part de l’examen clinique dans la consultation du généraliste ? De moins en moins grande en raison de la pression du nombre de consultations à assurer. Je garde en tête l’aveu d’un médecin urgentiste lors d’un stage : “Vous êtes bien mieux formés à la clinique que nous, cette capacité s’est perdue à cause de l’imagerie chez la plupart des médecins”

Alors réfléchissons bien :

  • Qu’un patient arrive chez l’ostéopathe avec un bilan de santé effectué avec son généraliste, cela est tout à fait normal. Ce sont même les conditions idéales pour notre travail.
  • Mais qu’est qui dispose mieux un généraliste à effectuer un examen biomécanique et orthopédique du rachis cervical haut par exemple ? Est-ce juste une question de faire des radios et un Doppler? Prendre un pouls, faire effectuer des mouvements passifs et actifs, rechercher des signes cliniques ?
  • Qu’est qui fait qu’un généraliste peut par contre légalement effectuer une manipulation vertébrale forcée ou non-forcée sans aucune formation préalable?

Prendre le malade en considération

Loin de moi l’idée d’attiser les querelles entre professionnels, mais je pense que nous sommes nombreux à penser (médecins, kinés, ostéopathes, sages-femmes) qu’il serait temps d’envisager de déléguer des compétences à d’autres professionnels compétents, et relativiser l’omnipotence des médecins dans le système de santé français.

L’allopathie à permis des merveilleuses avancées dans la santé publique, mais elle reste une médecine “de masse” où un traitement convient à toutes les mêmes maladies, une méthode d’accouchement convient à toutes les femmes.

La médecine progresse, et la médecine n’est pas que l’allopathie. Pour l’OMS, la médecine c’est entre autres : la médecine traditionnelle chinoise, l’homéopathie, l’ostéopathie, la médecine ayurvédique ….

Qu’attendons nous pour inclure LA MEDECINE dans le système de santé français ?
Les preuves scientifiques tant attendues et justifiant cet immobilisme sont-elles le seul élément faisant barrage ? Peut-on prouver l’efficacité d’une relation thérapeutique de la même manière qu’une molécule?

L’ouverture ne peut maintenant venir que du gouvernement et de la faculté de médecine.
Notre devoir d’ostéopathes est de continuer à informer et à rechercher pour que notre pratique soit mieux comprise et évaluée par les professionnels de santé actuels ainsi que par le public, qui se l’est déjà largement appropriée.

- publié 30.03.2007 classé dans


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